Table des matières
├── 📂 – 01 – Données (Tableau, BDD, etc…)
│ ├── 📂 1. Données brutes & Inventaires
│ ├── 📂 2. Statistiques & Mesures
│ └── 📂 3. Textes & Variables
│ └── 📂 4. Bibliothèques

STATION n°1
Toute création s’enracine dans une prise de contact avec le monde. Dans le cadre de ma démarche artistique, ce premier contact ne s’opère pas par la forme immédiate [immédiateté], mais par le recueil et l’observation.
Considérée non pas comme une information froide ou neutre, mais comme le véritable « pigment numérique » et la cellule première de l’œuvre, la donnée constitue la matière brute à partir de laquelle s’élabore toute la pensée plastique. Qu’elle soit chiffrée, textuelle, géographique ou statistique, elle représente le réel sous sa forme la plus fluide et la plus abstraite que je suis en mesure de discerner.
La première phase du processus, la station n°1, consiste donc s’arrêter et à extraire, collecter et sérier ces flux pour leur donner une première enveloppe structurée et un arrêt sur image. En soumettant le chaos du monde extérieur au cadrage rigoureux de la grille, le tableau devient l’espace fondamental où le projet prend corps et commence le processus émotionnel dans son origine.


1.0 – Données brutes
Le Geste d’Extraction : L’inventaire est la forme la plus archaïque et la plus fondamentale de la prise de possession et la représentation du monde. Recenser, c’est extraire des éléments du flux continu du réel pour leur assigner une présence distincte. Dans ce sous-type, la donnée brute est prélevée à l’état pur, sans filtre d’interprétation encore appliqué, elle nous saisies (Anzieu).


1.1 – Inventaire
L’Enveloppe Contenante (Anzieu) : Si la donnée brute constitue une masse potentiellement informelle et anxiogène par son illimitation, l’inventaire vient jouer le rôle de la première « peau » du projet. Il pose des limites claires et crée un sac d’informations sécurisant, transformant le chaos ambiant en un réservoir fini de possibles.
Référence Plastique : On pense aux protocoles d’inventaires systématiques d’On Kawara (I Went, I Met) ou aux collections de typologies photographiques de Bernd et Hilla Becher, où la répétition et l’accumulation de faits bruts constituent la matière même de l’art.


1.2 – Statistiques & Mesures
La Quantification du Réel : Passer de l’inventaire à la statistique, c’est introduire la valeur, l’échelle et la proportion. La mesure permet d’évaluer les écarts, les rythmes, les densités et les fréquences. Le réel n’est plus seulement nommé : il est quantifié.
Cadrage et Transformation : Dans l’optique d’Anne Brun, l’outil statistique opère un travail de cadrage symbolique. La statistique n’est pas une vérité absolue, mais une grille de lecture. En choisissant ce que l’on mesure et la manière dont on le quantifie, l’artiste effectue une première déconstruction du matériau brut pour le rendre malléable à l’imaginaire. C’est le moment où le chiffre devient une tension formelle, un rythme en puissance.
Référence Plastique : À l’image des séries de calculs et de données temporelles d’Hanne Darboven ou des dispositifs de Hans Haacke, la mesure statistique devient une structure poétique ou une arme de critique institutionnelle, révélant les lignes de force invisibles qui régissent nos systèmes.


1.3 – Textes & Variables
L’Algorithme Conceptuel : Les textes et les variables représentent le moment où la donnée brute et la mesure sont qualifiées et préparées pour le calcul ou la métamorphose. La variable est une donnée en attente d’attribution : elle porte en elle le principe de variation, d’interactivité et de permutation.
La Saisie Symbolique : Le texte devient ici un paramètre manipulable au même titre que le nombre. En transformant le langage ou les observations en « variables », l’artiste prépare le terrain de la génération automatisée, du code (étape 04) et de la spatialisation (étape 05).
Référence Plastique : Cette approche résonne avec l’art conceptuel de Sol LeWitt, pour qui l’idée est une « machine à fabriquer de l’art », ou avec les pièces de Ryoji Ikeda, où le texte et le code brut sont manipulés comme des composantes esthétiques fondamentales de l’œuvre.

